Des chercheurs grenoblois testent les limites du corps humain dans la ville la plus haute du monde !

Quatorze scientifiques sous la direction du chercheur grenoblois Samuel Vergès partent fin janvier 2019 étudier pendant un mois la population de mineurs d'or de La Rinconada (Pérou), ville la plus haute du monde, à la recherche des limites de l'adaptation du corps humain. Une première dans le monde !


"Alors qu'il est généralement considéré que la vie humaine permanente n'est pas possible au-delà de 5.000 m, la population de La Rinconada constitue un véritable défi à la connaissance"
, nous explique Samuel Vergès, habitué des expéditions scientifiques en milieu extrême.

En effet, plus de 50.000 habitants vivent à l'année dans des conditions extrêmes au sein de cette ville reculée, qui s'est développée du fait de l'activité minière ces deux dernières décennies, à près de 5.300 mètres d'altitude dans les Andes péruviennes.
Une partie significative des habitants montre toutefois des difficultés à tolérer le manque d'oxygène (deux fois plus rare à cette altitude qu'au niveau de la mer) et développe des pathologies spécifiques que l'équipe médicale tentera d'identifier et de soigner. Les céphalées (maux de tête), problèmes neurologiques (vertiges), fourmillements, troubles du sommeil ou palpitations cardiaques dont souffrent ces travailleurs font partie des symptômes du mal chronique des montagnes, également appelé maladie de Monge, du nom du médecin péruvien Carlos Monge Medrano qui en fit la première description scientifique au début du XXe siècle

En réaction au manque d'oxygène (hypoxie), "les habitants de la Rinconada produisent tellement de globules rouges qu'ils finissent par avoir le sang anormalement visqueux, ce qui provoque par exemple des problèmes cardio-vasculaires", a noté Samuel Vergès revenu récemment d'une mission de reconnaissance.

"On ne comprend pas aujourd'hui comment l'homme peut vivre avec de tels niveaux d'hématocrite", a t-il reconnu, tout en alertant sur "un vrai problème de santé publique dans les Andes".

Durant 30 jours, au mois de février, les scientifiques de l'Expédition 5300 réaliseront pour la première fois un "phénotypage génétique, biologique et cardiovasculaire exhaustif" de cette population. Ils espèrent également obtenir des avancées dans le domaine de l'épigénétique, qui consiste à étudier la manière dont les facteurs environnementaux influent sur l'expression du génome.

Les scientifiques feront passer une batterie de tests à deux groupes distincts de mineurs d'or résidant depuis au moins 3 ans - l'un présentant une bonne résistance à l'altitude et l'autre des symptômes d'intolérance - ainsi qu'aux populations Quechuas de Lima (au niveau de la mer) et de Puno (à 3.800 m d'altitude).

La comparaison des résultats permettra de mieux comprendre les mécanismes de défense du corps humain contre le manque d'oxygène, un enjeu essentiel pour les personnes qui voyagent ou qui résident en haute altitude, mais également pour améliorer les traitements des malades respiratoires.
Publié le 21 décembre 2018